Pascal Husting

Directeur des programmes internationaux de Greenpeace International
Ancien directeur général de Greenpeace France

Après que Michèle Rivasi ait quitté avec fracas son poste de directrice de Greenpeace France en novembre 2004, l’association écologiste a fait appel à Pascal Husting. Fort de son passé dans la finance au Luxembourg, il entreprend une professionnalisation de Greenpeace France. Dès le départ, il s’entoure d’un nouveau comité de direction baptisé «Senior Management Team» afin d’accroître son autorité et son contrôle. Comme il l’explique lui-même, «l’une des premières décisions a donc été de développer la toute première politique de ressources humaines au sein de Greenpeace, basée sur une croissance qualitative et non quantitative. L’objectif peut se résumer ainsi : au lieu d’être des militants exerçant une profession dans le monde associatif, devenons des professionnels qui continuent à militer. Nous sommes donc sortis de la logique voulant qu’un salarié de Greenpeace soit recruté de manière prioritaire parmi les militants. Ce qui a bien sûr engendré des tensions énormes en interne.» En effet, en décembre 2006, une pétition signée par 140 militants de Greenpeace se plaint notamment «de comportements inacceptables des directeurs, de mépris et d’humiliation subies en public, (…), d’incompétence professionnelle, de non-respect des valeurs morales de l’association, (…).» Pascal Husting admet que «sur les 45 salariés présents au moment de mon arrivée, 25 ont quitté Greenpeace. Certains sont partis parce qu’ils n’arrivaient plus à suivre cette logique de professionnalisation, d’autres ont été licenciés mais de manière motivée et aucun recours devant le conseil des prud’hommes n’a été gagné».
Avec cette professionnalisation de Greenpeace et en appliquant les même règles entrepreneuriales que dans les grandes entreprises, Pascal Husting veut rendre plus efficace la multinationale verte et a l’ambition d’«accéder au top 5 des bureaux Greenpeace dans le monde d’ici à 2015 et compter à cette date 200.000 adhérents». Outre le fait qu’il a «essayé de sortir Greenpeace France d’une image anglo-saxonne parachutée en France», Pascal Husting compte encore faire évoluer le fonctionnement de l’association, considérant que «le militantisme du XXe siècle est définitivement dépassé, dans la mesure où l’on passe d’un combat à un autre». Ainsi, il explique que «la logique de Greenpeace est de décliner ses campagnes qui font sens et créent de la valeur ajoutée sur l’international, voire le régional. Une action dénuée du potentiel de créer une dynamique européenne a moins de chances d’être acceptée.» Par ailleurs, il entend pouvoir apporter une certaine expertise aux entreprises, considérant que la seule dénonciation ne suffit plus : «Si nous demandons aux entreprises d’élargir leur périmètre de ce qui doit entrer en considération quand elles font leurs choix d’investissements, à nous aussi de savoir de quoi nous parlons lorsque nous affirmons : les énergies renouvelables créent plus de jobs que l’essai nucléaire. A terme, cette exigence devrait changer le mapping des professions que l’on peut trouver chez Greenpeace Il n’est cependant pas question d’abandonner une communication agressive, la marque de fabrique de Greenpeace, mais de l’utiliser différemment. Pascal Husting explique ainsi que «le travail sur terrain continuera mais, probablement, au lieu de monter sur des cheminées, l’accent sera mis sur les actions de guérilla marketing».
En juin 2014, il défraye la chronique quand The Guardian révèle que Pascal Husting voyage en avion plusieurs fois par mois entre son domicile à Luxembourg et son travail à Amsterdam. Il est alors obligé de faire son mea culpa : «C’est de la mauvaise publicité pour Greenpeace et je présente mes excuses aux gens qui nous soutiennent.»

Né le 1er juillet 1961 au Luxembourg, Pascal Husting a suivi des études de pédagogie et d’éducation physique à l’Université de Cologne (Allemagne). Passionné de sport, il tente dans les années 80 de percer en athlétisme, sans grand succès. De 1987 à 1990, il devient professeur d’éducation physique dans un centre fermé pour adolescents délinquants. En 1990, il réalise un voyage de six mois en Amazonie. A son retour au Luxembourg, il amorce une première reconversion, en intégrant le cabinet d’audit et d’expertise comptable Grant Thornton, avec l’aide de son beau-frère, lui-même auditeur. En parallèle, Pascal Husting s’inscrit aux cours du soir de l’université de Luxembourg pour des études d’analyse financière. Comme il le confie, «c’était une période propice, car le pays voyait débarquer d’énormes arrivées d’argent en provenance des pays de l’Est», précisant « au moment de la chute de mur de Berlin, je me suis retrouvé à organiser l’évasion fiscale de fonds provenant des pays de l’Est. De l’argent qui avait été détourné et, on peut le dire, “volé”». Pascal Husting fera preuve d’assez d’ambition pour progresser au point où son patron lui propose de devenir associé junior.
En 1995, une amie d’enfance, devenue administratrice de Greenpeace Luxembourg, arrive à le convaincre de quitter son statut de golden boy pour venir s’occuper des finances et de la collecte de fonds de l’organisation. Ne se trouvant plus «en phase» avec les milieux de la finance, il fait son entrée chez Greenpeace Luxembourg comme directeur financier avant d’en devenir directeur général. Il réussit à hisser Greenpeace Luxembourg au premier rang des ONG du pays en nombre d’adhérents. En 2003, il s’installe à Istanbul où il devient directeur exécutif de Greenpeace Méditerranée, une entité régionale regroupant la Turquie, Israël, le Liban et Malte. En 2005, il prend la tête de Greenpeace France et devient un acteur important du Grenelle de l’environnement. Début 2012, il laisse sa place à Jean-François Julliard et rejoint Greenpeace International au poste de directeur des programmes. En juin 2014, The Guardian révèle que Pascal Husting fait la la navette en avion deux à quatre fois par mois entre son domicile au Luxembourg et Amsterdam, où se trouve le siège de Greenpeace International. Il est alors obligé de faire son mea culpa : «C’est de la mauvaise publicité pour Greenpeace et je présente mes excuses aux gens qui nous soutiennent.» En juillet 2014, une lettre interne signée par plus de 40 membres de l’équipe de Greenpeace, demande à Pascal Husting «de quitter l’organisation et de prendre la responsabilité pour les erreurs qui ont été commises».


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