Jean-Pierre Berlan

Ancien directeur de recherche à l’Inra
Membre du conseil scientifique d’Attac
Membre fondateur d’Intelligence Verte
Membre du conseil éditorial d’EcoRev’
Parrain de L’âge de faire

Jean-Pierre Berlan est rapidement devenu une référence de tous ceux qui luttent contre le brevetage du vivant, et contre l’agriculture conventionnelle et les OGM. Il intervient dans de nombreuses conférences et ses réflexions comme sa rhétorique sont largement reprises par les responsables écologistes comme Guy Kastler, François Veillerette, Fabrice Nicolino ou Dominique Guillet. Ainsi, ce dernier, président de l’association radicale Kokopelli, qui prône l’abandon de toute réglementation sur les semences, explique qu’«inspirés par notre mentor Jean-Pierre Berlan, nous avions osé, au printemps 2007, le néologisme “nécro-carburant” qui avait alors abondamment circulé sur la toile, pour caractériser la gigantesque arnaque des agro-carburants.»
La pensée de Jean-Pierre Berlan est très manichéenne, considérant que «d’un côté, il y a le système industriel appliqué au monde vivant, c’est la mort ; de l’autre côté, la diversité, la vie». Il qualifie le système agricole actuel de «mortifère», en faisant de nombreux raccourcis, comme en affirmant que «l’origine de toute l’agriculture moderne se trouve vraiment dans la Première Guerre mondiale : les chars de combat ont été reconvertis en tracteurs à chenille, les gaz de combat en engrais azotés, et des bases ont été posées, qui permettront la mise au point, plus tard, des pesticides… Toute la « révolution verte » a en fait une origine militaire». De même, il dénonce les firmes qui «se prétendent « industrielles des sciences de la vie », pour tromper tout le monde ; mais en réalité elles ne produisent que des produits en -cide (fongicides, insecticides, herbicides…), soit des produits qui tuent». A l’aise dans la manipulation sémantique, Jean-Pierre Berlan n’hésite cependant pas à dénoncer les termes utilisés par ceux qu’il désigne comme ses adversaires. Avec une certaine vision paranoïaque du monde, il considère que «nous sommes dans une société de communication, c’est-à-dire dans une société de mensonge organisé, dans laquelle les mots sont imposés par les dominants pour nous rouler dans la farine». De la sorte, il réfute le terme «organisme génétiquement modifié» auquel il préfère celui de «clone pesticide breveté».
Jean-Pierre Berlan prône une rupture radicale avec la société industrielle, expliquant qu’«il faut réinventer le contraire du monde dans lequel nous sommes». Il se dit admiratif des peuples traditionnels : «Il y a des sociétés humaines, à Bornéo ou en Papouasie Nouvelle-Guinée, qui auraient 20.000 ans d’existence. Elles sont toujours au même endroit, elles ont mis au point des méthodes de culture et de contrôle démographique qui leur permettent d’occuper le même territoire depuis 20.000 ans sans le détruire. C’est absolument fantastique !» Il est également nostalgique du paysan d’antan : «Il y a deux générations, le paysan était un homme qui élevait ses chevaux de trait et les nourrissait avec l’avoine qu’il produisait dans son champ. Il produisait ses fourrages, réutilisait le fumier de ses animaux dans ses champs, semait le grain récolté et se nourrissait vraiment à partir des produits de sa ferme. Il vendait les excédents à l’extérieur, ce qui lui permettait d’acheter les quelques biens (…) qui lui étaient nécessaires (…). Bref, un individu autonome et indépendant.» S’opposant à l’industrialisation de l’agriculture biologique, Jean-Pierre Berlan dit beaucoup aimer ce qui se fait en agriculture biodynamique, une technique agricole qui repose sur les thèses ésotériques de Rudolf Steiner, père de l’anthroposophie. Enfin, selon lui, «avec des techniques agronomiques fondées sur la gratuité» et «la possibilité pour les paysans d’avoir accès à un minimum de terre (…) qui équivaudrait à environ un demi-hectare, on peut parfaitement s’en sortir». Et de préciser qu’«on peut vivre avec 450 mètres carrés par personne, de manière un peu frugale, avec un recyclage systématique et avec de l’eau», tout en ajoutant qu’«il n’est pas question, bien évidemment, de faire ça».

Jean-Pierre Berlan est un agronome et économiste, ancien directeur de recherche en sciences économiques à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), dans la section «Changement Technique et Evolution des Systèmes d’Innovation». Il a étudié pendant une vingtaine d’années la sélection de maïs hybrides. En 1979, il rend visite à Harvard à un ami impliqué dans une recherche multidisciplinaire sur la recherche agronomique. A cette occasion, il rencontre Richard Lewontin, professeur de génétique évolutive à Harvard et connu pour ses affinités avec l’écologisme radical. Lewontin contribue régulièrement à la revue Capitalism, Nature, Socialism, «ouverte à diverses vues au sein de l’écologie radicale globale et les mouvements écologistes radicaux», notamment l’écoféminisme. Jean-Pierre Berlan et Lewontin travailleront ensemble pour élaborer une critique du système agricole moderne. En 1986, ils écrivent deux articles dans la revue marxiste Monthly Review, le premier expliquant comment «la science et la technologie ont été utilisées pour soumettre le système principalement précapitaliste de production agricole à la domination du capital», le second affirmant que la seule raison du développement du maïs hybride était de forcer les agriculteurs à racheter leurs semences. En 1987, Jean-Pierre Berlan passe sa thèse d’Etat intitulée «Recherches sur l’économie politique d’un changement technique : les mythes du maïs hybride». Après cette thèse, il estime qu’il est «placardisé» et qu’il est «entré en dissidence». Dès la fin des années 90, il intervient très régulièrement dans les réunions et dans les médias pour dénoncer l’«industrialisation de l’agriculture» et en particulier les biotechnologies végétales.

  • La Guerre au Vivant, Agone, 2001.
  • Le Goût amer de nos fruits et légumes, participation à un ouvrage collectif du Forum Civique Européen (FCE), FCE, 2002.
  • « L’écocide, ou l’assassinat de la vie », préface au livre de Franz Broswimmer Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces, Agone, 2010.

 

Ce contenu a été publié dans Acteurs, Berlan. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.