Collectif des Faucheurs Volontaires

C/o Vigilance OGM 18
La Presle
18360 VESDUN
E-mail : collectif@faucheurs-volontaires.fr
Site : http://www.faucheurs-volontaires.fr/

logo-faucheursLe Collectif des Faucheurs Volontaires d’OGM est l’un des principaux mouvements d’opposition aux OGM en France. Il est aussi l’un des mieux connus, d’une part en raison des actions spectaculaires menées mais, d’autre part, du fait qu’il a longtemps été dirigé par le médiatique José Bové. Affirmant ne pas s’opposer à la recherche sur les OGM en milieu confiné, les Faucheurs Volontaires sont radicaux dans leur refus de toute expérimentation ou culture commerciale d’OGM en plein champ. Ils n’hésitent pas non plus à s’en prendre à la recherche publique, en détruisant notamment des essais de l’INRA en 2010. Ils refusent également les importations d’OGM et, plus généralement, dénoncent la privatisation du vivant.
Soutenus principalement par la Confédération paysanne, les Faucheurs se distinguent des autres mouvements anti-OGM par leur mode d’action : des opérations commandos de destruction de champs d’OGM et des interventions dans les ports français contre les importations d’OGM. Les procès consécutifs à ces actions constituent pour eux des plates-formes de propagande et des opportunités de médiatisation de leurs revendications.
Ces actions se font au nom de la désobéissance civile non-violente, bien que des responsables des Faucheurs Volontaires reconnaissent qu’il y a bel et bien violence. Ainsi, après l’arrachage de vignes transgéniques à Colmar en 2010, Dominique Delort, coordinatrice des Faucheurs Volontaires dans le Cher, a déclaré : «Arracher c’est très violent, mais on n’a que ce moyen pour nous faire entendre car le débat n’est pas posé publiquement.» Ils prétendent aussi mener ces actions «après avoir épuisé les recours du dialogue et les actions légales».
Depuis le moratoire français sur le maïs transgénique MON810 et le départ de José Bové de la direction des Faucheurs Volontaires, le mouvement n’a pas réussi à trouver un second souffle. Si les porte-parole des Faucheurs Volontaires ont revendiqué jusqu’à 7000 personnes ayant signé la charte des Faucheurs, les véritables activistes ne dépassent pas aujourd’hui les quelques centaines d’individus.
En l’absence de cultures d’OGM en France depuis 2007, les Faucheurs tentent de se lancer dans la lutte contre ce qu’ils appellent les «OGM cachés» et menacent de s’en prendre aux «OGM obtenus pas mutagenèse ou fusion cellulaire et autres techniques de manipulation du vivant et qui ne font l’objet d’aucune réglementation spécifique». Depuis 2010, et bien qu’ils n’aient pas épuisé tous les recours légaux, ils ont fauché à plusieurs reprises des tournesols et des colzas mutés. Néanmoins, ces actions et les procès sur cette thématique n’ont eu que très peu d’écho médiatique. Les destructions de stocks de soja transgénique en 2012, 2014 et 2016 ont été, elles aussi, peu médiatisées. Leur site Internet, comportant de nombreuses rubriques vides, n’a pas été mis à jour depuis février 2019.
Sans que cela soit mentionné dans leur charte, les Faucheurs ont décidé depuis 2016 d’élargir leur champ d’intervention, en prenant comme cible l’herbicide Roundup, le sujet des pesticides étant jugé davantage porteur médiatiquement. Ils ont ainsi d’abord multiplié les actions commandos dans les jardineries afin de détruire des bidons d’herbicide Roundup. Plusieurs groupes de Faucheurs ont ensuite initié la «Campagne Glyphosate» qui a consisté à analyser la présence de glyphosate dans les urines et de porter plainte pour mise en danger d’autrui. En 2020, il y aurait plus de 6000 plaintes déposées mais, selon une enquête en 2019 du mensuel Le Morbihan, ces tests seraient une «farce» car utilisant une méthode de détection inadaptée. Un nouvel objectif est aussi d’obtenir «un moratoire sur toutes les variétés rendues tolérantes aux herbicides (VRTH)», qu’elles soient OGM ou non. Ainsi, en septembre 2020, les Faucheurs ont détruit une parcelle, déclarant qu’«en l’état, ces tournesols ne sont pas considérés comme des OGM réglementés, mais restent de véritables éponges à pesticides, encourageant leur utilisation massive».
Malgré leurs actions radicales, on peut retrouver certains Faucheurs dans des institutions officielles. Par exemple, jusqu’à leur démission en 2016, c’étaient des Faucheurs Volontaires qui représentaient les Amis de la Terre et la Confédération paysanne au sein du Haut conseil des biotechnologies. Il existe également une forte présence de Faucheurs d’OGM au sein des instances de l’association Inf’OGM qui pourtant se définit comme «non militante».

Le mouvement, créé en 2003, n’a pas de structure légale.

Les Faucheurs Volontaires sont opaques concernant la liste de leurs responsables. José Bové et Jean-Baptiste Libouban en sont les fondateurs, mais ce sont les coordinateurs régionaux qui décident des actions et de la stratégie à mener. Parmi les responsables (coordinateur ou porte-parole) des Faucheurs Volontaires, tels qu’ils apparaissent dans les médias ou lors des procès ces dernières années, on peut mentionner : Jacques Dandelot, Dominique Masset, Christine Thelen, Mireille Lambertin-Martinez, Guillaume de Crop, Gérard Liebskind, Annick Bossu, Najate Malali, Tchandra Cochet, Alain Hébrard, Jill Quillevere, Danièle Roury, Dominique Plancke, Hervé Callo, Marie Nicolas, Michel Goujot, Dominique Delort, Annie Chalmeton, Virginie Lange, Louis Auclair, Gilles Florence, Jacky Berrahil, Franck Sarda, Jean-Paul Henry, Franciska Soler, Emmanuel Extier, Sylvie Bornet, Carinne Dumont, Daniel Laurens, Sylvain Willig, Auberi Petite, Patrice Massenet…

Les premiers fauchages et destructions d’essais d’OGM ont eu lieu dès 1997, à l’initiative de la Confédération paysanne, sous l’impulsion de José Bové et René Riesel. Ce n’est qu’en 2003, lors du rassemblement Larzac 2003, que le Collectif des Faucheurs Volontaires d’OGM a été créé. C’est Jean-Baptiste Libouban, responsable de la Communauté de l’Arche, fondée par Lanza del Vasto, qui a proposé cette initiative à José Bové, qui l’a ensuite acceptée. Il s’agissait notamment de ne plus faire porter au syndicat paysan l’important coût des dommages et intérêts suite aux procès.

La principale activité est évidemment les destructions de cultures d’OGM. En juin 2005, les Faucheurs revendiquaient avoir détruit 70% des essais de recherche en France qui existaient en 2004. Le 31 juillet 2006, le ministère de l’Agriculture estimait que 40% des champs expérimentaux avaient été détruits. En 2008, tous les essais de Monsanto ont été, selon la firme, détruits. Leur mode d’opérer est simple. Les coordinateurs régionaux se réunissent plusieurs fois par an pour décider des actions à mener, selon les parcelles OGM détectées par les Faucheurs Volontaires.
Outre ces actions, les Faucheurs Volontaires ont occupé des ports pour s’opposer à l’importation des OGM, comme en juillet 2007, le terminal agro-alimentaire du Port de Saint-Nazaire, ou détruit des cargaisons de soja transgénique, comme en 2012 et 2014 à Lorient ou en 2016 au port de Nantes/Saint-Nazaire. Suite à l’action de Saint-Nazaire de 2007, une délégation de 8 Faucheurs volontaires (tous poursuivis ou condamnés par la justice pour des actions de fauchage d’OGM) avait été reçue par Nathalie Kosciusko-Morizet, pour réclamer à nouveau un moratoire immédiat sur les OGM. Les Faucheurs utilisent aussi la grève de la faim pour faire pression et attirer les médias, comme celle de mars 2007 ou celle commencée début janvier 2008 par plusieurs faucheurs, dont José Bové, pour réclamer la clause de sauvegarde sur le maïs transgénique MON810. En août 2010, les Faucheurs détruisent un essai de vignes avec porte-greffes transgéniques de l’INRA. En juin 2012, les Faucheurs portent plainte contre l’INRA qui lui reprochent d’avoir mené à Colmar des essais de vignes transgéniques dans l’illégalité. En mai 2014, la Cour d’appel de Colmar les relaxait pour cette action mais, un an plus tard, la Cour de Cassation a annulé la relaxe. En janvier 2016, le Tribunal de Colmar a rendu une ordonnance de non-lieu, suite à la plainte de 2012 des Faucheurs contre l’INRA. En novembre 2014, près d’un centaine de Faucheurs ont occupé les locaux de Limagrain pour dénoncer la recherche sur le blé transgénique.
En l’absence de cultures transgéniques, les Faucheurs s’en prennent au tournesol et au colza muté avec quelques rares actions de saccage par an : destruction en avril 2014 d’une plate-forme d’essais de colzas mutés en Meurthe-et-Moselle ; en mai 2014, en Charente Maritime, destruction d’un peu plus d’un hectare de colzas mutés ; le mois suivant, en Haute Garonne, destruction des parcelles de démonstration de colza Clearfield ; en avril 2015, dans le Maine-et-Loire, destruction d’une parcelle d’un hectare d’essais de colza issu de mutagenèse : en août 2016, dans les Pyrénées orientales, destruction de trois hectares de tournesol mutés. Plusieurs actions ont eu lieu depuis lors chaque année. En septembre 2018, les Faucheurs d’OGM «se félicitent de l’arrêt de la Cour de Justice de l’Union Européenne du 25 juillet 2018. La Cour vient leur donner raison en confirmant que les organismes obtenus au moyen de techniques/méthodes de mutagénèse, y compris de nouvelles techniques de manipulations génétiques, sont bien des OGM au sens de la directive 2001/18/CE.» Ils ont également organisé des opérations d’étiquetage sur des huiles de tournesol, de colza et des céréales «pour dénoncer l’absence d’information du consommateur». En novembre 2018, les Faucheurs Volontaires ont fait l’objet d’une «relaxe sur défaut de caractérisation des infractions» à propos d’une action de 2016 sur des parcelles d’essai de colza appartenant à Dijon Céréales. En juillet 2020, des Faucheurs Volontaires ont forcé les portes du Conseil régional de Bretagne pour contester les importations de soja.
Pour améliorer leur visibilité dans les médias, très faible depuis le départ de José Bové, les Faucheurs ont décidé en 2016 de prendre pour cible l’herbicide Roundup, en menant des actions commandos dans des jardineries. A l’occasion d’un procès concernant ces actions anti-Roundup en octobre 2017, les Faucheurs se sont félicités que «la procureur a choisi de suivre la défense et de demander au tribunal de saisir la Cour de Justice Européenne (CJUE). Cette saisine aura pour objet la mise en question de la législation européenne sur les pesticides, notamment sur leurs méthodes d’évaluation.» Toutefois, en octobre 2019, la CJUE a estimé que «les règles procédurales applicables à l’autorisation de produits phytopharmaceutiques, notamment les produits contenant du glyphosate, sont valables». En novembre 2017, 8 Faucheurs sont venus perturber le Congrès annuel du maïs en dénonçant le glyphosate. En 2018, les Faucheurs ont lancé un appel «pour inviter les citoyens à participer à une campagne d’analyses d’urines afin d’y rechercher des traces de glyphosate». L’objectif est de démontrer l’exposition au glyphosate et de «porter plainte  contre les responsables du maintien de ce produit sur le marché pour mise en danger de la vie d’autrui, tromperie aggravée et atteinte à l’environnement». Dans ce contexte, un groupe de Faucheurs a créé en avril 2018 l’association Campagne Glyphosate. En 2020, plus de 6000 plaintes auraient été déposées.
Les Faucheurs ont aussi participé à des actions dans d’autres pays, comme en mai 2011, avec la destruction d’un essai de pommes de terre génétiquement modifiées en Belgique et, en juin 2012, pour cibler un essai de blé OGM en Angleterre.
Les Faucheurs Volontaires organisent de nombreuses animations et conférences autour de chaque procès, ainsi qu’une Assemblée générale chaque année pour discuter des orientations et des stratégies du collectif. Toutefois, leurs dernières AG ne réunissent qu’une centaine de militants, démontrant l’essoufflement du mouvement. En juillet 2013, pour leur dixième anniversaire, les Faucheurs Volontaires ont organisé un rassemblement anti-OGM européen à Bouzy-la-Forêt (Loiret). Depuis 2013, une «fête des faucheurs» est organisée chaque année à la Ferme en paille de Gramat (Lot).

Les actions des Faucheurs Volontaires n’exigent pas un budget important. En revanche, le coût des procédures judiciaires, des amendes et des dommages et intérêts est très élevé. Fin 2008, ils estimaient à 926.000 euros la somme accumulée de dommages et intérêts, d’amendes et de frais d’avocats depuis 2004. En mars 2013, par exemple, José Bové et sept autres Faucheurs Volontaires ont été définitivement condamnés pour un fauchage commis en 2008. Outre les amendes, ils doivent verser en dommages et intérêts 135.700 euros à Monsanto et 38.000 euros à l’agriculteur propriétaire des parcelles saccagées.
En 2007, l’association Sans Gène, animée par des Faucheurs, a été créée pour récolter des fonds destinés à payer les amendes et les dommages et intérêts, tout en proposant une déduction fiscale de 66% sur le don octroyé. Totalement opaque, cette association récolte certains fonds d’entreprises. Biocoop, par exemple, réalise des opérations commerciales de soutien aux Faucheurs Volontaires. En 2009, le géant de la distribution bio a versé près de 50.000 euros à Sans Gène grâce à des opérations de type «vin des Faucheurs». Plus récemment, Biocoop a collecté 10.000 euros en incitant ses magasins à donner 30 euros pour soutenir la destruction de l’essai de l’Inra à Colmar. En juillet 2013, l’enseigne a lancé  le paquet de «chips des faucheurs», 20 centimes par paquet de chips vendu étant reversés au collectif des faucheurs d’OGM. Outre les dons des sympathisants, les Faucheurs Volontaires récoltent des fonds à travers la vente par exemple de calendriers, de tee-shirts anti-OGM, de bières, de vin ou de jus de pomme des Faucheurs Volontaires, de livres sur les Faucheurs Volontaires, des concerts de soutien… Ainsi, la vente d’un DVD avec l’exposé de Christian Vélot sur les OGM a rapporté plus de 100.000 euros, dont la moitié a été reversée à Sans Gène.
Quant aux frais d’avocats et aux frais d’organisation des événements autour des procès, ils sont à la charge des comités de soutien locaux créés à cet effet.

 

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