Pierre Rabhi

Président de Colibris
Président d’honneur de Terre et Humanisme
Cofondateur des Amanins
Administrateur du Fonds de dotation Pierre Rabhi
Site : http://www.pierrerabhi.org/

Avec des ventes records de livres, jusqu’à plus de 300.000 exemplaires pour son manifeste Vers la sobriété heureuse, Pierre Rabhi est devenu une figure médiatique très populaire. Pourtant, son point de vue est radical, appelant à un «changement radical de paradigme», considérant notamment que «l’agriculture moderne est devenue l’une des plaies sanitaires environnementales de notre pays» et que «le mode de vie urbain est aliénant pour l’être humain». Partisan de la décroissance, il préfère maintenant utiliser l’expression «sobriété heureuse» et prône une relocalisation de l’économie organisée en autonomies régionales et basée sur l’artisanat et la petite industrie. A ce titre, il dénonce les structures nationales de standardiser «la collectivité humaine au détriment de sa diversité comme richesse de tous».
Il est surtout respecté parce qu’il aurait mis en pratique, plus que d’autres responsables écologistes, la sobriété qu’il défend. Mais son succès vient de sa démarche qui consiste à privilégier le développement personnel des individus et à éviter les sujets clivants : «Je ne me sens pas de jouer le rôle de l’avant-coureur sur le sentier de la révolte. Si on ne fait pas de travail sur soi-même, sur sa mutation personnelle, ça ne sert à rien. On rentre dans le cycle de la protestation stérile.» Il ajoute : «Le témoignage par les actes, paisible, tranquille, déterminé me paraît plus efficace que la controverse, l’accusation, la critique, souvent stériles.»
Néanmoins, Pierre Rabhi est critiqué par certains milieux de gauche, le considérant réactionnaire sur certains sujets sociétaux. L’agroécologiste a notamment déclaré : «Loin de toutes hypocrisie ou complaisance, et avec tout le respect dû aux personnes, je considère comme dangereuses pour l’avenir de l’humanité, la validation de la famille “homosexuelle”, alors que par définition cette relation est inféconde.» Bien qu’il défende les valeurs féminines, il ajoute qu’«il ne faudrait pas exalter l’égalité» entre hommes et femmes. Il considère aussi qu’«à (sa) connaissance il n’y a pas une seule femme qui ait inventé une bielle ou un engrenage !». Dans un article du Monde Diplomatique, le journaliste Jean-Baptiste Malet évoque les «fréquentations vichysso-ardéchoises» de Rabhi, et notamment l’influence qu’a eu sur lui le penseur réactionnaire Gustave Thibon, «l’une des sources intellectuelles de l’idéologie ruraliste de Vichy». Imprégné par ce courant agrarien, Rabhi déclare : «Je crois en particulier à une nouvelle civilisation agraire, enrichie de connaissances nouvelles, avec une dimension esthétique, poétique et donc spirituelle.»
Au départ, deux ouvrages l’ont fortement influencé : La Fécondité de la terre d’Ehrenfried Pfeiffer, sur les méthodes ésotériques de l’agriculture biodynamique, et La planète au pillage de Fairfield Osborn. Son engagement est quasiment d’ordre spirituel et confie que «Krishnamurti m’a beaucoup marqué dans mon itinéraire spirituel». Pour lui, la notion de Terre-Mère n’est pas une métaphore mais une réalité objective. Il est également adepte des médecines alternatives, notamment la médecine quantique.
Il arrive à s’entourer de personnalités médiatiques comme Mélanie Laurent, Zaz ou Marion Cotillard. La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, par ailleurs son ancienne éditrice, est aussi très proche de lui, déclarant : «Il est arrivé comme une véritable lumière dans ma vie». La démarche radicale de Rabhi ne l’empêche pas d’avoir des relations courtoises avec les écologistes réputés pour collaborer avec les multinationales, comme Nicolas Hulot ou le WWF. Par exemple, son association, Colibris, a été hébergée jusqu’au printemps 2009 au siège du WWF, au Domaine de Longchamp. De même, il accepte volontiers l’aide et le soutien de grandes entreprises et organise des événements en direction des chefs d’entreprise. Ainsi, en 2010, la Fondation Pierre Rabhi comptait parmi ses fondateurs les PDG du Groupe Léa Nature et de Nature & Découvertes, le président de la Fondation Yves Rocher, le directeur des Editions Actes Sud, la Princesse Constance de Polignac. De même, son Fonds de dotation est administré par des personnalités comme Bernard Chevillat, fondateur de l’entreprise de cosmétiques bio Melvita, ou encore Patrice de Colmont, patron du restaurant de la jet-set «Club 55» à Ramatuelle. Comme le relate le Monde Diplomatique, «Rabhi a également reçu chez lui, ces dernières années, le milliardaire Jacques-Antoine Granjon, le directeur général du groupe Danone Emmanuel Faber, ainsi que M. Jean-Pierre Petit, plus haut dirigeant français de McDonald’s et membre de l’équipe de direction de la multinationale».

Né en 1938 à Kenadsa en Algérie, orphelin de mère, Pierre Rabhi est confié à un couple de Français pour être éduqué. Converti au christianisme en 1956, il est employé de banque à Oran. Il s’installe en France en 1959 où il devient ouvrier dans une entreprise parisienne de fabrication de machines agricoles. Il met déjà en cause les valeurs de compétition de la modernité. En 1960, lui et sa future épouse, Michèle, veulent s’extraire de la vie urbaine. Ils rencontrent le docteur Pierre Richard, un médecin imprégné des théories hygiénistes d’Alexis Carrel, qui s’occupait à l’époque de la création du Parc national des Cévennes, et qui les encourage dans leur démarche. Le couple quitte alors la capitale pour s’installer en Ardèche.
Après trois ans comme ouvrier agricole, en 1963, il devient lui même paysan dans les Cévennes ardéchoises, installé dans une ferme sans électricité et eau courante. Il se lance dans l’élevage caprin en 1971. A l’époque, Pierre Rabhi rejette déjà fortement la logique productiviste appliquée à l’agriculture. Le Dr Richard fait connaître l’agriculture biodynamique à Rabhi. En 1972, il applique ces méthodes sur sa petite ferme, dans l’agriculture et l’élevage. En 1978, il est chargé de formation à l’agro-écologie par le CEFRA (Centre d’études et de formation rurales appliquées). En 1981, il met au point divers programmes de formation en agro-écologie en France, en Europe et en Afrique et, sur l’invitation du Burkina Faso, il organise le premier programme d’agroécologie. En 1985, il fonde, en collaboration avec l’association du Point Mulhouse, le premier Centre africain de Formation à l’Agroécologie, à Gorom-Gorom. En 1988, il fonde le CIEPAD (Carrefour international d’échanges de pratiques appliquées au développement) avec l’appui du Conseil général de l’Hérault et le soutien d’Edgar Pisani. Il met en place un «module optimisé d’installation agricole», de programmes de sensibilisation et de formation, et le lancement de nombreuses actions de développement à l’étranger (Maroc, Palestine, Algérie, Tunisie, Sénégal, Togo, Bénin, Pologne, Ukraine, etc.). En 1992, il lance le programme de réhabilitation de l’oasis de Chenini-Gabès en Tunisie. En 1997 et 1998, il intervient à la demande de l’ONU dans le cadre de l’élaboration de la Convention de lutte contre la désertification (CCD) et est appelé à formuler des propositions concrètes pour son application.
Au-delà des formations en agroécologie, les réflexions de Pierre Rabhi sont de plus en plus écoutées avec respect par les milieux écologistes, en particulier dans les cercles écolo-spiritualistes. En 1998, l’association Les amis de Pierre Rabhi est créée afin de diffuser les idées de Pierre Rabhi et soutenir son action. En 1999, l’association est rebaptisée «Terre & Humanisme». En 2002, encouragé par de nombreux amis, Pierre Rabhi se lance dans une campagne présidentielle «non conventionnelle» afin de défendre la «sobriété heureuse». Sa campagne a récolté 184 parrainages d’élus, a permis la création de plus de 80 comités départementaux de soutien – les colibris – et a donné naissance au Mouvement Appel Pour une Insurrection des Consciences (MAPIC). A la même période, il apparaît dans le comité de rédaction du journal La décroissance, mais Pierre Rabhi sera vite écarté par les responsables du journal, très réservés sur le spiritualisme de l’agroécologiste. En 2004, il lance la création d’un centre agroécologique, Les Amanins, à la Roche-sur-Grâne, dans la Drôme. En 2005, il publie un livre d’entretiens croisés avec Nicolas HulotGraines de possibles, regards croisés sur l’écologie. En 2006, il crée et préside l’association Mouvement pour la Terre et l’Humanisme (rebaptisée plus tard Colibris) dont le lancement officiel a eu lieu en juin 2008 à Bourges. L’association a obtenu le parrainage de Nicolas Hulot et de la réalisatrice Coline Serreau, qui a réalisé un film – Solutions locales pour un désordre global – dont Pierre Rabhi est l’un des intervenants. Pierre Rabhi est, par ailleurs, vice-président de l’association Kokopelli. En 2010, la Fondation Pierre Rabhi est créée sous l’égide de la Fondation de France. En 2013, un Fonds de dotation Pierre Rabhi remplace la Fondation et destinée à financer des projets concrets initiés par Pierre Rabhi. En mars 2013, il est le sujet du documentaire Pierre Rabhi au nom de la terre, réalisé par Marie-Dominique Dhelsing, qui a fait un peu plus de 100.000 entrées. Le 16 juillet 2013, il publie dans le journal Le Monde, avec Susan George et Edgar Morin, une tribune soutenant l’initiative citoyenne européenne «Arrêtons l’écocide en Europe». En , il reçoit des mains d’Anne Hidalgo la médaille Grand Vermeil de la ville de Paris. En juin 2018, il participe et parraine le Colloque «Une espérance pour la santé de l’Homme et de la Terre» organisé à Montpellier par le Dr Nadine Schuster, «l’un des pionniers de la médecine quantique». En septembre 2018, il soutient «l’appel des coquelicots» lancé par Fabrice Nicolino et François Veillerette et dont l’objectif est d’obtenir «l’interdiction de tous les pesticides de synthèse».
Pierre Rabhi fait de nombreuses interventions dans les médias et participe régulièrement à des conférences. Chaque année, il participe à une trentaine de conférences, la moitié d’entre elles sont faites à titre gratuit et l’autre moitié est le plus souvent facturée entre 1000 et 1200 euros.

  • Du Sahara aux Cévennes ou la reconquête du songe (autobiographie), Éditions de Candide, Lavilledieu, 1983, rééd. Albin Michel, Paris, 1995, rééd. sous le titre Du Sahara aux Cévennes : itinéraire d’un homme au service de la Terre-Mère, Albin Michel, 2002.
  • Le Gardien du Feu (roman), Éditions de Candide, Lavilledieu, 1986, Editions Albin Michel, Paris, 2003.
  • L’Offrande au crépuscule (Prix des sciences sociales agricoles du ministère de l’Agriculture), Éditions de Candide, Lavilledieu, 1989, rééd. aux éditions L’Harmattan 2001.
  • Le Recours à la terre (recueil d’articles), Éditions Terre du Ciel, 1995, nouvelle éd. augm. 1999.
  • Parole de Terre : une initiation africaine, Éditions Albin Michel, 1996.
  • Manifeste pour des Oasis en tous lieux, ouvrage collectif sous la direction de Pierre Rabhi, 1997.
  • Le Chant de la Terre interview par Jean-Pierre et Rachel Cartier, Editions La Table Ronde, 2002
  • Graines de possibles, regards croisés sur l’écologie, avec Nicolas Hulot, Ed Calmann-Lévy, 2005.
  • Conscience et environnement, Editions du Relié, 2006.
  • La part du colibri, l’espèce humaine face à son devenir, Editions de l’aube, 2006.
  • Ecologie et spiritualité, collectif, Paris, Albin Michel, 2006. Avec entre autres, Jacques Brosse, André Comte-Sponville, Eugen Drewermann, Albert Jacquard, Jacques Lacarrière, Théodore Monod, Jean-Marie Pelt, Annick de Souzenelle…
  • Préface de Alerte aux vivants et à ceux qui veulent le rester – Pour une renaissance agraire de Pierre Gevaert, éd Sang de la Terre, 2006.
  • Terre-Mère, Homicide volontaire ? Entretiens avec Jacques Olivier Durand, Le Navire en pleine ville, 2007.
  • Manifeste pour la Terre et l’Humanisme, Pour une insurrection des consciences, Actes Sud, 2008.
  • Préface de La stratégie du colibri, de Séverine Millet, Minerva, 2008.
  • Le scénario Titanic, et autres métaphores écologiques…, de Hugues Gosset-Roux (Préface de Pierre Rabhi), Jouvence, 2008.
  • Préface de Une seule Terre pour nourrir le Monde, de Florence Thinard, Gallimard Jeunesse, octobre 2009.
  • Pierre Rabhi rédacteur en chef du numéro 77 de la revue Interdépendances, avril 2010.
  • Vers la Sobriété Heureuse, Actes Sud, avril 2010.
  • Éloge du génie créateur de la société civile, éd. Actes Sud, 2011.
  • Préface de La Terre comme soi-même : repères pour une écospiritualité, de Michel Maxime Egger, éd. Labor et Fides, Genève, 2012.
  • Un nouveau monde en marche : vers une société non-violente, écologique et solidaire, de Laurent Muratet et Étienne Godinot, éd. Yves Michel, Gap, 2012. Participation de Pierre Rabhi.
  • L’Agroécologie pour nos enfants, éd. Actes Sud, 2013.
  • Préface de Voyage à Païolive en Ardèche méridionale, de Véronique Groseil et Gil Jouanard, Éditions du Chassel, 2013.
  • Pierre Rabhi semeur d’espoirs, entretiens avec Olivier Le Naire, éd. Actes Sud, 2013.
  • Le monde a-t-il un sens ?, avec Jean-Marie Pelt, Fayard, 2014.
  • L’Agroécologie, une éthique de vie, entretien avec Jacques Caplat, éd. Actes Sud, 2015.
  • La Puissance de la modération, Hozhoni, 2015.
  • Préface de De l’Autre Côté du Monde Fini, de Jean-Bernard Chappe, 2016.
  • La convergence des consciences, Le Passeur, 2016.
  • Les semences en voie de disparition, éd. Actes Sud, 2017.
  • Les excès de la finance ou l’art de la prédation légalisée, avec Juliette Duquesne, Presses du Châtelet, 2017.
  • Les semences : un patrimoine vital en voie de disparition, avec Juliette Duquesne, J’ai Lu, 2018.
  • Pour en finir avec la faim dans le monde, avec Juliette Duquesne, J’ai Lu, 2018.
  • L’eau que nous sommes, avec Juliette Duquesne, Presses du Châtelet, 2018.

 

Ce contenu a été publié dans Acteurs, Rabhi. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.