Delphine Batho

Présidente de Génération Ecologie
Députée GE
Ministre de l’Ecologie (2012-2013)

Delphine Batho a passé plus de deux décennies au Parti socialiste, notamment au sein de l’aile gauche animée par Jean-Luc Mélenchon et Julien Dray, avant de devenir une proche conseillère de Ségolène Royal lors de la campagne de 2007. Même si dans son engagement militant chez les socialistes, elle a principalement été sensibilisée par les questions sociales, elle s’est rapprochée de la nébuleuse écologiste sur différents sujets, comme par exemple en 2009, quand elle a déclaré qu’elle a «beaucoup utilisé les services d’Inf’OGM et apprécie son expertise citoyenne, scientifique et juridique. Notamment au moment de proposer des amendements pour le projet de la loi OGM 2008». Depuis qu’elle a pris les rênes de Génération Ecologie fin 2018, elle insiste sur le fait que «l’écologie fait partie de ma culture familiale, c’est un attachement presque charnel. J’ai été éduquée dans une relation très forte à la nature, nourrie avec une alimentation saine», tout en expliquant que «l’écologie a d’abord été un espace personnel avant d’être politique». Ainsi, pour marquer son fort attachement à la nature, elle a par exemple soutenu en 2019 la déclaration des Droits des Arbres, estimant qu’«il faut reconnaître l’arbre comme être vivant doué de sensibilité» et confiant : «J’ai parlé aux arbres un peu comme Yakari, mais sans forcément prononcer de mots. Cette connexion avec les arbres je la ressens depuis très longtemps sans avoir osé en parler avant l’âge adulte.» Delphine Batho ajoute qu’elle a «mis plusieurs années à rompre avec la social-démocratie et la gauche» et qu’elle a «cheminé depuis vers la nécessité d’une écologie politique autonome».
Du point de vue idéologique, Delphine Batho a emprunté le terme d’«écologie intégrale» au Pape François, car il s’agit pour elle «d’intégrer la primauté de l’écologie dans tous les domaines, de la politique étrangère à la politique budgétaire. Passer au filtre de l’écologie l’ensemble des décisions». Elle entend ainsi opposer «l’écologie intégrale à l’écologie homéopathique des Verts et des autres partis», et adopte un manichéisme radical : «On voit partout monter cette confrontation entre forces fascisantes et écologie. Nous sommes face à un choix binaire entre écologie et barbarie.» Considérant que «le commun de la gauche et de la droite est d’ignorer les limites planétaires», elle préfère parler d’un nouveau clivage qui oppose «Terriens» et «Destructeurs».
Sur le plan économique, elle revendique totalement la décroissance : «Nous n’avons pas d’autre choix que d’organiser une décroissance de la consommation d’énergie et de matières. Mais la décroissance, c’est une société avec plus de bien-être, plus de culture, plus de liens humains, plus de respect des personnes. C’est une société du plus, pas du moins ! Nous devons rompre avec le mythe de la croissance économique, et avec l’idée qu’elle est la solution pour réduire les inégalités. C’est faux, c’est même l’inverse. La croissance détruit les écosystèmes comme les humains.» Dénonçant régulièrement le rôle des lobbies et de la «technostructure», elle propose «une régulation écologique de l’économie de marché».
Delphine Batho a décidé de se porter candidate à la primaire écologiste en vue de l’élection présidentielle, «parce que protéger les Français et les Françaises du réchauffement climatique, des effets, des impacts liés à la destruction de la nature est désormais une question de sécurité nationale.» Avec 22,32% des voix, elle termine troisième derrière Yannick Jadot et Sandrine Rousseau.

Née en 1973, Delphine Batho participe aux mouvements lycéens de 1986 et adhère, à 15 ans, à SOS Racisme et à la Fédération indépendante et démocratique des lycéens, dont elle devient présidente en 1990. C’est à ce moment-là que Julien Dray, parrain des deux organisations, la repère. En 1992, Delphine Batho devient vice-présidente de SOS Racisme. En 1994, elle abandonne la fac d’histoire pour adhérer au PS et à la Gauche socialiste, le courant animé par Jean-Luc Mélenchon, Marie-Noëlle Lienemann et Julien Dray. Rapidement, elle travaille avec ce-dernier sur les questions de sécurité. Lors du congrès de Grenoble de 2000, elle entre au Bureau national du PS. Elle devient collaboratrice de Julien Dray au conseil régional d’Ile-de-France, chargée des questions de sécurité. En 2003, quand Julien Dray réactive son club de la gauche socialiste, Delphine Batho est en charge de sa lettre d’information hebdomadaire, La Tête à gauche. En 2006, elle est auditrice à l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice.
Delphine Batho devient conseillère de Ségolène Royal en vue de la campagne présidentielle de 2007 pendant laquelle elle théorise «l’ordre juste». En retour, la candidate lui lègue sa circonscription de Melle, dans les Deux-Sèvres, où Delphine Batho est élue en 2007 au second tour avec plus de 57% des suffrages. Durant la législature 2007-2012, elle est vice-présidente du groupe socialiste à l’Assemblée nationale chargée de la sécurité. Pour la campagne présidentielle de 2012, elle est porte-parole du candidat François Hollande. En mai 2012, elle est nommée ministre déléguée à la Justice dans le gouvernement Jean-Marc Ayrault I, auprès de la ministre de la Justice, Christiane Taubira. En juin 2012, elle est réélue députée dès le premier tour avec plus de 53% des suffrages exprimés. Peu après, et en raison de relations tendues avec sa ministre de tutelle, Delphine Batho obtient le portefeuille de ministre de l’Ecologie dans le deuxième gouvernement Ayrault. Le 2 juillet 2013, François Hollande annonce qu’il met fin à ses fonctions en tant que ministre de l’Ecologie, à la suite d’une interview dans laquelle elle qualifiait de «mauvais» le budget 2014 de son ministère et avouait sa «déception à l’égard du gouvernement». En août 2013, Delphine Batho redevient députée et rejoint, en octobre 2014, les «frondeurs» du Parti socialiste. En octobre 2014, elle publie chez Grasset son livre Insoumise qui relate son expérience au gouvernement et pour dénoncer «l’influence des milieux financiers et industriels (qui) s’est installée au cœur du pouvoir». L’Express affirme que c’est un flop vendu qu’à 715 exemplaires dix jours après sa sortie et en dépit d’une bonne couverture médiatique. En 2016, elle fait adopter à l’Assemblée nationale l’amendement à la loi biodiversité interdisant les néonicotinoïdes. En 2018, elle propose, sans succès, l’amendement pour l’interdiction du glyphosate avec un terme en 2021. En janvier 2018, Delphine Batho annonce sa candidature au poste de premier secrétaire du Parti socialiste, tout en dénonçant «de A à Z les modalités d’organisation de ce congrès de confiscation, dans ce qui n’est plus un parti mais une petite mafia politique avec ses parrains, ses lieutenants, ses exécutants». A l’occasion du congrès du PS en janvier 2018, elle fait une proposition intitulée «Mitterrand, réveille-toi, ils sont devenus fous», refusée par manque de parrainages. En mai 2018, elle annonce qu’elle quitte le PS.
En septembre 2018, elle est élue présidente du parti Génération Ecologie. En novembre 2018, Dominique Bourg annonce qu’il rejoint Delphine Batho et s’engage en politique à ses côtés en vue des élections européennes. En janvier 2019, Delphine Batho publie Ecologie intégrale, le manifeste, avec une postface de Dominique Bourg. En mai 2019, Dominique Bourg conduit la liste Urgence Ecologie (regroupant Génération Ecologie, le Mouvement des progressistes et l’Union des démocrates et des écologistes) qui obtient 1,82%. En 2020, elle a été vice-présidente du groupe Ecologie-Démocratie-Solidarité à l’Assemblée nationale. En juillet 2021, elle annonce sa candidature à la primaire des écologistes. Avec 22,32% des voix à la primaire, elle termine troisième derrière Yannick Jadot et Sandrine Rousseau.

  • Ecologie intégrale le manifeste, Editions du Rocher, 2019
  • Insoumise, Editions Grasset et Fasquelle, 2014

 

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